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Petit soldat

Guy de Maupassant

Petit soldat

Chaque dimanche, sitôt qu’ils étaient libres, les deux petits soldats se mettaient en marche.

Ils tournaient à droite en sortant de la caserne, traversaient Courbevoie à grands pas rapides, comme s’ils eussent fait une promenade militaire ; puis, dès qu’ils avaient quitté les maisons, ils suivaient, d’une allure plus calme, la grand-route poussiéreuse et nue qui mène à Bezons.

Ils étaient petits, maigres, perdus dans leur capote trop large, trop longue, dont les manches couvraient leurs mains, gênés par la culotte rouge, trop vaste, qui les forçait à écarter les jambes pour aller vite. Et sous le shako raide et haut, on ne voyait plus qu’un rien du tout de figure, deux pauvres figures creuses de Bretons, naïves, d’une naïveté presque animale, avec des yeux bleus doux et calmes.

Ils ne parlaient jamais durant le trajet, allant devant eux, avec la même idée en tête, qui leur tenait lieu de causerie, car ils avaient trouvé à l’entrée du petit bois des Champioux, un endroit leur rappelant leur pays, et ils ne se sentaient bien que là.

Au croisement des routes de Colombes et de Chatou, comme on arrivait sous les arbres, ils ôtaient leur coiffure qui leur écrasait la tête, et ils s’essuyaient le front.

Ils s’arrêtaient toujours un peu sur le pont de Bezons pour regarder la Seine. Ils demeuraient là, deux ou trois minutes, courbés en deux, penchés sut le parapet ; ou bien ils considéraient le grand bassin d’Argenteuil où couraient les voiles blanches et inclinées des clippers, qui, peut-être, leur remémoraient la mer bretonne, le port de Vannes dont ils étaient voisins, et les bateaux pêcheurs s’en allant à travers le Morbihan, vers le large.

Dès qu’ils avaient franchi la Seine, ils achetaient leurs provisions chez le charcutier, le boulanger et le marchand de vin du pays. Un morceau de boudin, quatre sous de pain et un litre de petit bleu constituaient leurs vivres emportés dans leurs mouchoirs. Mais, aussitôt sortis du village, ils n’avançaient plus qu’à pas très lents et ils se mettaient à parler.

Devant eux, une plaine maigre, semée de bouquets d’arbres, conduisait au bois, au petit bois qui leur avait paru ressembler à celui de Kermarivan. Les blés et les avoines bordaient l’étroit chemin perdu dans la jeune verdure des récoltes, et Jean Kerderen disait chaque fois à Luc Le Ganidec :

— C’est tout comme auprès de Plounivon.

— Oui, c’est tout comme.

Ils s’en allaient, côte à côte, l’esprit plein de vagues souvenirs du pays, plein d’images réveillées, d’images naïves comme les feuilles coloriées d’un sou. Ils revoyaient un coin de champ, une haie, un bout de lande, un carrefour, une croix de granit.

Chaque fois aussi, ils s’arrêtaient auprès d’une pierre qui bornait une propriété, parce qu’elle avait quelque chose du dolmen de Locneuven.

En arrivant au premier bouquet d’arbres, Luc Le Ganidec cueillait tous les dimanches une baguette, une baguette de coudrier ; il se mettait à arracher tout doucement l’écorce en pensant aux gens de là-bas.

Jean Kerderen portait les provisions.

De temps en temps, Luc citait un nom, rappelait un fait de leur enfance, en quelques mots seulement qui leur donnaient longtemps à songer. Et le pays, le cher pays lointain les repossédait peu à peu, les envahissait, leur envoyait, à travers la distance, ses formes, ses bruits, ses horizons connus, ses odeurs, l’odeur de la lande verte où courait l’air marin.

Ils ne sentaient plus les exhalaisons du fumier parisien dont sont engraissées les terres de la banlieue, mais le parfum des ajoncs fleuris que cueille et qu’emporte la brise salée du large. Et les voiles des canotiers, apparues au-dessus des berges, leur semblaient les voiles des caboteurs, aperçues derrière la longue plaine qui s’en allait de chez eux jusqu’au bord des flots.

Ils marchaient à petits pas, Luc Le Ganidec et Jean Kerderen, contents et tristes, hantés par un chagrin doux, un chagrin lent et pénétrant de bête en cage, qui se souvient.

Et quand Luc avait fini de dépouiller la mince baguette de son écorce, ils arrivaient au coin du bois où ils déjeunaient tous les dimanches.

Ils retrouvaient les deux briques cachées par eux dans un taillis, et ils allumaient un petit feu de branches pour cuire leur boudin sur la pointe de leur couteau.

Et quand ils avaient déjeuné, mangé leur pain jusqu’à la dernière miette, et bu leur vin jusqu’à la dernière goutte, ils demeuraient assis dans l’herbe, côte à côte, sans rien dire, les yeux au loin, les paupières lourdes, les doigts croisés comme à la messe, leurs jambes rouges allongées à côté des coquelicots du champ ; et le cuir de leurs shakos et le cuivre de leurs boutons luisaient sous le soleil ardent, faisaient s’arrêter les alouettes qui chantaient en planant sur leurs têtes.

Vers midi, ils commençaient à tourner leurs regards de temps en temps du côté du village de Bezons, car la fille à la vache allait venir.

Elle passait devant eux tous les dimanches pour aller traire et remiser sa vache, la seule vache du pays qui fût à l’herbe, et qui pâturait une étroite prairie sur la lisière du bois, plus loin.

Ils apercevaient bientôt la servante, seul être humain marchant à travers la campagne, et ils se sentaient réjouis par les reflets brillants que jetait le seau de fer-blanc sous la flamme du soleil. Jamais ils ne parlaient d’elle. Ils étaient seulement contents de la voir, sans comprendre pourquoi.

C’était une grande fille vigoureuse, rousse et brûlée par l’ardeur des jours clairs, une grande fille hardie de la campagne parisienne.

Une fois, en les revoyant assis à la même place, elle leur dit :

— Bonjour… vous v’nez donc toujours ici ?

Luc Le Ganidec, plus osant, balbutia :

— Oui, nous v’nons au repos.

Ce fut tout. Mais le dimanche suivant, elle rit en les apercevant, elle rit avec une bienveillance protectrice de femme dégourdie qui sentait leur timidité, et elle demanda :

— Qué qu’ vous faites comme ça ? C’est-il qu’ vous r’gardez pousser l’herbe ?

Luc égayé sourit aussi : P’téte ben.

Elle reprit : Hein ! Ça va pas vite.

Il répliqua, riant toujours : — Pour ça, non.

Elle passa. Mais en revenant avec son seau plein de lait, elle s’arrêta encore devant eux, et leur dit :

En voulez-vous une goutte ? Ça vous rappellera l’pays.

Avec son instinct d’être de même race, loin de chez elle aussi peut-être, elle avait deviné et touché juste.

Ils furent émus tous les deux. Alors elle fit couler un peu de lait, non sans peine, dans le goulot du litre de verre où ils apportaient leur vin ; et Luc but le premier, à petites gorgées, en s’arrêtant à tout moment pour regarder s’il ne dépassait point sa part. Puis il donna la bouteille à Jean.

Elle demeurait debout devant eux, les mains sur ses hanches, son seau par terre à ses pieds, contente du plaisir qu’elle leur faisait.

Puis elle s’en alla, en criant : — Allons, adieu ; à dimanche !

Et ils suivirent des yeux, aussi longtemps qu’ils purent la voir, sa haute silhouette qui s’en allait, qui diminuait, qui semblait s’enfoncer dans la verdure des terres.

Quand ils quittèrent la caserne, la semaine d’après, Jean dit à Luc :

— Faut-il pas li acheter qué que chose de bon ?

Et ils demeurèrent fort embarrassés devant le problème d’une friandise à choisir pour la fille à la vache.

Luc opinait pour un morceau d’andouille, mais Jean préférait des berlingots, car il aimait les sucreries. Son avis l’emporta et ils prirent, chez un épicier, pour deux sous de bonbons blanc et rouge.

Ils déjeunèrent plus vite que de coutume, agités par l’attente.

Jean l’aperçut le premier : « La v’là », dit-il. Luc reprit : « Oui. La v’là. »

Elle riait de loin en les voyant, elle cria : — Ça va-t-il comme vous voulez ? Ils répondirent ensemble :

— Et de vot’ part ? » Alors elle causa, elle parla de choses simples qui les intéressaient, du temps, de la récolte, de ses maîtres.

Ils n’osaient point offrir leurs bonbons qui fondaient doucement dans la poche de Jean.

Luc enfin s’enhardit et murmura :

— Nous vous avons apporté quelque chose. »

Elle demanda : — Qué’que c’est donc ?

Alors Jean, rouge jusqu’aux oreilles, atteignit le mince cornet de papier et le lui tendit.

Elle se mit à manger les petits morceaux de sucre qu’elle roulait d’une joue à l’autre et qui faisaient des bosses sous la chair. Les deux soldats, assis devant elle, la regardaient, émus et ravis.

Puis elle alla traire sa vache, et elle leur donna encore du lait en revenant.

Ils pensèrent à elle toute la semaine, et ils en parlèrent plusieurs fois. Le dimanche suivant, elle s’assit à côté d’eux pour deviser plus longtemps, et tous trois, côte à côte, les yeux perdus au loin, les genoux enfermés dans leurs mains croisées, ils racontèrent des menus faits et des menus détails des villages où ils étaient nés, tandis que la vache, là-bas, voyant arrêtée en route la servante, tendait vers elle sa lourde tête aux naseaux humides, et mugissait longuement pour l’appeler.

La fille accepta bientôt de manger un morceau avec eux et de boire un petit coup de vin. Souvent, elle leur apportait des prunes dans sa poche ; car la saison des prunes était venue. Sa présence dégourdissait les deux petits soldats bretons qui bavardaient comme deux oiseaux.

Or, un mardi, Luc Le Ganidec demanda une permission, ce qui ne lui arrivait jamais, et il ne rentra qu’à dix heures du soir.

Jean, inquiet, cherchait en sa tête pour quelle raison son camarade avait bien pu sortir ainsi.

Le vendredi suivant, Luc, ayant emprunté dix sous à son voisin de lit, demanda encore et obtint l’autorisation de quitter pendant quelques heures.

Et quand il se mit en route avec Jean pour la promenade du dimanche, il avait l’air tout drôle, tout remué, tout changé. Kerderen ne comprenait pas, mais il soupçonnait vaguement quelque chose, sans deviner ce que ça pouvait être.

Ils ne dirent pas un mot jusqu’à leur place habituelle, dont ils avaient usé l’herbe à force de s’asseoir au même endroit ; et ils déjeunèrent lentement. Ils n’avaient faim ni l’un ni l’autre.

Bientôt la fille apparut. Ils la regardaient venir comme ils faisaient tous les dimanches. Quand elle fut tout près, Luc se leva et fit deux pas. Elle posa son seau par terre, et l’embrassa. Elle l’embrassa fougueusement, en lui jetant ses bras au cou, sans s’occuper de Jean, sans songer qu’il était là, sans le voir.

Et il demeurait éperdu, lui, le pauvre Jean, si éperdu qu’il ne comprenait pas, l’âme bouleversée, le cœur crevé, sans se rendre compte encore.

Puis, la fille s’assit à côté de Luc, et ils se mirent à bavarder.

Jean ne les regardait pas, il devinait maintenant pourquoi son camarade était sorti deux fois pendant la semaine, et il sentait en lui un chagrin cuisant, une sorte de blessure, ce déchirement que font les trahisons.

Luc et la fille se levèrent pour aller ensemble remiser la vache.

Jean les suivit des yeux. Il les vit s’éloigner côte à côte. La culotte rouge de son camarade faisait une tache éclatante dans le chemin. Ce fut Luc qui ramassa le maillet et frappa sur le pieu qui retenait la bête.

La fille se baissa pour la traire, tandis qu’il caressait d’une main distraite l’échine coupante de l’animal. Puis ils laissèrent le seau dans l’herbe et ils s’enfoncèrent sous le bois.

Jean ne voyait plus rien que le mur de feuilles où ils étaient entrés ; et il se sentait si troublé que, s’il avait essayé de se lever, il serait tombé sur place assurément.

Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance, d’une souffrance naïve et profonde. Il avait envie de pleurer, de se sauver, de se cacher, de ne plus voir personne jamais.

Tout à coup, il les aperçut qui sortaient du taillis. Ils revinrent doucement en se tenant par la main, comme font les promis dans les villages. C’était Luc qui portait le seau.

Ils s’embrassèrent encore avant de se quitter, et la fille s’en alla après avoir jeté à Jean un bonsoir amical et un sourire d’intelligence. Elle ne pensa point à lui offrir du lait ce jour-là.

Les deux petits soldats demeurèrent côte à côte, immobiles comme toujours, silencieux et calmes, sans que la placidité de leur visage montrât rien de ce qui troublait leur cœur. Le soleil tombait sur eux. La vache, parfois, mugissait en les regardant de loin.

À l’heure ordinaire, ils se levèrent pour revenir.

Luc épluchait une baguette. Jean portait le litre vide. Il le déposa chez le marchand de vin de Bezons. Puis ils s’engagèrent sur le pont, et, comme chaque dimanche, ils s’arrêtèrent au milieu, afin de regarder couler l’eau quelques instants.

Jean se penchait, se penchait de plus en plus sur la balustrade de fer, comme s’il avait vu dans le courant quelque chose qui l’attirait. Luc lui dit : « C’est-il que tu veux y boire un coup ? » Comme il prononçait le dernier mot, la tête de Jean emporta le reste, les jambes enlevées décrivirent un cercle en l’air, et le petit soldat bleu et rouge tomba d’un bloc, entra et disparut dans l’eau.

Luc, la gorge paralysée d’angoisse, essayait en vain de crier. Il vit plus loin quelque chose remuer ; puis la tête de son camarade surgit à la surface du fleuve, pour y rentrer aussitôt.

Plus loin encore, il aperçut, de nouveau, une main, une seule main qui sortit de la rivière, et y replongea. Ce fut tout.

Les mariniers accourus ne retrouvèrent point le corps ce jour-là.

Luc revint seul à la caserne, en courant, la tête affolée, et il raconta l’accident, les yeux et la voix pleins de larmes, et se mouchant coup sur coup : « Il se pencha… il se… il se pencha… si bien… si bien que la tête fit culbute… et… et… le v’là qui tombe… qui tombe… »

Il ne put en dire plus long, tant l’émotion l’étranglait. — S’il avait su…

Source du texte:

https://fr.wikisource.org/wiki/Monsieur_Parent_(recueil)/Petit_Soldat

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Guy de Maupassant

Petit soldat

Chaque dimanche, sitôt qu’ils étaient libres, les deux petits soldats se mettaient en marche.

Ils tournaient à droite en sortant de la caserne, traversaient Courbevoie à grands pas rapides, comme s’ils eussent fait une promenade militaire ; puis, dès qu’ils avaient quitté les maisons, ils suivaient, d’une allure plus calme, la grand-route poussiéreuse et nue qui mène à Bezons.

Ils étaient petits, maigres, perdus dans leur capote trop large, trop longue, dont les manches couvraient leurs mains, gênés par la culotte rouge, trop vaste, qui les forçait à écarter les jambes pour aller vite. Et sous le shako raide et haut, on ne voyait plus qu’un rien du tout de figure, deux pauvres figures creuses de Bretons, naïves, d’une naïveté presque animale, avec des yeux bleus doux et calmes.

Ils ne parlaient jamais durant le trajet, allant devant eux, avec la même idée en tête, qui leur tenait lieu de causerie, car ils avaient trouvé à l’entrée du petit bois des Champioux, un endroit leur rappelant leur pays, et ils ne se sentaient bien que là.

Au croisement des routes de Colombes et de Chatou, comme on arrivait sous les arbres, ils ôtaient leur coiffure qui leur écrasait la tête, et ils s’essuyaient le front.

Ils s’arrêtaient toujours un peu sur le pont de Bezons pour regarder la Seine. Ils demeuraient là, deux ou trois minutes, courbés en deux, penchés sut le parapet ; ou bien ils considéraient le grand bassin d’Argenteuil où couraient les voiles blanches et inclinées des clippers, qui, peut-être, leur remémoraient la mer bretonne, le port de Vannes dont ils étaient voisins, et les bateaux pêcheurs s’en allant à travers le Morbihan, vers le large.

Dès qu’ils avaient franchi la Seine, ils achetaient leurs provisions chez le charcutier, le boulanger et le marchand de vin du pays. Un morceau de boudin, quatre sous de pain et un litre de petit bleu constituaient leurs vivres emportés dans leurs mouchoirs. Mais, aussitôt sortis du village, ils n’avançaient plus qu’à pas très lents et ils se mettaient à parler.

Devant eux, une plaine maigre, semée de bouquets d’arbres, conduisait au bois, au petit bois qui leur avait paru ressembler à celui de Kermarivan. Les blés et les avoines bordaient l’étroit chemin perdu dans la jeune verdure des récoltes, et Jean Kerderen disait chaque fois à Luc Le Ganidec :

— C’est tout comme auprès de Plounivon.

— Oui, c’est tout comme.

Ils s’en allaient, côte à côte, l’esprit plein de vagues souvenirs du pays, plein d’images réveillées, d’images naïves comme les feuilles coloriées d’un sou. Ils revoyaient un coin de champ, une haie, un bout de lande, un carrefour, une croix de granit.

Chaque fois aussi, ils s’arrêtaient auprès d’une pierre qui bornait une propriété, parce qu’elle avait quelque chose du dolmen de Locneuven.

En arrivant au premier bouquet d’arbres, Luc Le Ganidec cueillait tous les dimanches une baguette, une baguette de coudrier ; il se mettait à arracher tout doucement l’écorce en pensant aux gens de là-bas.

Jean Kerderen portait les provisions.

De temps en temps, Luc citait un nom, rappelait un fait de leur enfance, en quelques mots seulement qui leur donnaient longtemps à songer. Et le pays, le cher pays lointain les repossédait peu à peu, les envahissait, leur envoyait, à travers la distance, ses formes, ses bruits, ses horizons connus, ses odeurs, l’odeur de la lande verte où courait l’air marin.

Ils ne sentaient plus les exhalaisons du fumier parisien dont sont engraissées les terres de la banlieue, mais le parfum des ajoncs fleuris que cueille et qu’emporte la brise salée du large. Et les voiles des canotiers, apparues au-dessus des berges, leur semblaient les voiles des caboteurs, aperçues derrière la longue plaine qui s’en allait de chez eux jusqu’au bord des flots.

Ils marchaient à petits pas, Luc Le Ganidec et Jean Kerderen, contents et tristes, hantés par un chagrin doux, un chagrin lent et pénétrant de bête en cage, qui se souvient.

Et quand Luc avait fini de dépouiller la mince baguette de son écorce, ils arrivaient au coin du bois où ils déjeunaient tous les dimanches.

Ils retrouvaient les deux briques cachées par eux dans un taillis, et ils allumaient un petit feu de branches pour cuire leur boudin sur la pointe de leur couteau.

Et quand ils avaient déjeuné, mangé leur pain jusqu’à la dernière miette, et bu leur vin jusqu’à la dernière goutte, ils demeuraient assis dans l’herbe, côte à côte, sans rien dire, les yeux au loin, les paupières lourdes, les doigts croisés comme à la messe, leurs jambes rouges allongées à côté des coquelicots du champ ; et le cuir de leurs shakos et le cuivre de leurs boutons luisaient sous le soleil ardent, faisaient s’arrêter les alouettes qui chantaient en planant sur leurs têtes.

Vers midi, ils commençaient à tourner leurs regards de temps en temps du côté du village de Bezons, car la fille à la vache allait venir.

Elle passait devant eux tous les dimanches pour aller traire et remiser sa vache, la seule vache du pays qui fût à l’herbe, et qui pâturait une étroite prairie sur la lisière du bois, plus loin.

Ils apercevaient bientôt la servante, seul être humain marchant à travers la campagne, et ils se sentaient réjouis par les reflets brillants que jetait le seau de fer-blanc sous la flamme du soleil. Jamais ils ne parlaient d’elle. Ils étaient seulement contents de la voir, sans comprendre pourquoi.

C’était une grande fille vigoureuse, rousse et brûlée par l’ardeur des jours clairs, une grande fille hardie de la campagne parisienne.

Une fois, en les revoyant assis à la même place, elle leur dit :

— Bonjour… vous v’nez donc toujours ici ?

Luc Le Ganidec, plus osant, balbutia :

— Oui, nous v’nons au repos.

Ce fut tout. Mais le dimanche suivant, elle rit en les apercevant, elle rit avec une bienveillance protectrice de femme dégourdie qui sentait leur timidité, et elle demanda :

— Qué qu’ vous faites comme ça ? C’est-il qu’ vous r’gardez pousser l’herbe ?

Luc égayé sourit aussi : P’téte ben.

Elle reprit : Hein ! Ça va pas vite.

Il répliqua, riant toujours : — Pour ça, non.

Elle passa. Mais en revenant avec son seau plein de lait, elle s’arrêta encore devant eux, et leur dit :

En voulez-vous une goutte ? Ça vous rappellera l’pays.

Avec son instinct d’être de même race, loin de chez elle aussi peut-être, elle avait deviné et touché juste.

Ils furent émus tous les deux. Alors elle fit couler un peu de lait, non sans peine, dans le goulot du litre de verre où ils apportaient leur vin ; et Luc but le premier, à petites gorgées, en s’arrêtant à tout moment pour regarder s’il ne dépassait point sa part. Puis il donna la bouteille à Jean.

Elle demeurait debout devant eux, les mains sur ses hanches, son seau par terre à ses pieds, contente du plaisir qu’elle leur faisait.

Puis elle s’en alla, en criant : — Allons, adieu ; à dimanche !

Et ils suivirent des yeux, aussi longtemps qu’ils purent la voir, sa haute silhouette qui s’en allait, qui diminuait, qui semblait s’enfoncer dans la verdure des terres.

Quand ils quittèrent la caserne, la semaine d’après, Jean dit à Luc :

— Faut-il pas li acheter qué que chose de bon ?

Et ils demeurèrent fort embarrassés devant le problème d’une friandise à choisir pour la fille à la vache.

Luc opinait pour un morceau d’andouille, mais Jean préférait des berlingots, car il aimait les sucreries. Son avis l’emporta et ils prirent, chez un épicier, pour deux sous de bonbons blanc et rouge.

Ils déjeunèrent plus vite que de coutume, agités par l’attente.

Jean l’aperçut le premier : « La v’là », dit-il. Luc reprit : « Oui. La v’là. »

Elle riait de loin en les voyant, elle cria : — Ça va-t-il comme vous voulez ? Ils répondirent ensemble :

— Et de vot’ part ? » Alors elle causa, elle parla de choses simples qui les intéressaient, du temps, de la récolte, de ses maîtres.

Ils n’osaient point offrir leurs bonbons qui fondaient doucement dans la poche de Jean.

Luc enfin s’enhardit et murmura :

— Nous vous avons apporté quelque chose. »

Elle demanda : — Qué’que c’est donc ?

Alors Jean, rouge jusqu’aux oreilles, atteignit le mince cornet de papier et le lui tendit.

Elle se mit à manger les petits morceaux de sucre qu’elle roulait d’une joue à l’autre et qui faisaient des bosses sous la chair. Les deux soldats, assis devant elle, la regardaient, émus et ravis.

Puis elle alla traire sa vache, et elle leur donna encore du lait en revenant.

Ils pensèrent à elle toute la semaine, et ils en parlèrent plusieurs fois. Le dimanche suivant, elle s’assit à côté d’eux pour deviser plus longtemps, et tous trois, côte à côte, les yeux perdus au loin, les genoux enfermés dans leurs mains croisées, ils racontèrent des menus faits et des menus détails des villages où ils étaient nés, tandis que la vache, là-bas, voyant arrêtée en route la servante, tendait vers elle sa lourde tête aux naseaux humides, et mugissait longuement pour l’appeler.

La fille accepta bientôt de manger un morceau avec eux et de boire un petit coup de vin. Souvent, elle leur apportait des prunes dans sa poche ; car la saison des prunes était venue. Sa présence dégourdissait les deux petits soldats bretons qui bavardaient comme deux oiseaux.

Or, un mardi, Luc Le Ganidec demanda une permission, ce qui ne lui arrivait jamais, et il ne rentra qu’à dix heures du soir.

Jean, inquiet, cherchait en sa tête pour quelle raison son camarade avait bien pu sortir ainsi.

Le vendredi suivant, Luc, ayant emprunté dix sous à son voisin de lit, demanda encore et obtint l’autorisation de quitter pendant quelques heures.

Et quand il se mit en route avec Jean pour la promenade du dimanche, il avait l’air tout drôle, tout remué, tout changé. Kerderen ne comprenait pas, mais il soupçonnait vaguement quelque chose, sans deviner ce que ça pouvait être.

Ils ne dirent pas un mot jusqu’à leur place habituelle, dont ils avaient usé l’herbe à force de s’asseoir au même endroit ; et ils déjeunèrent lentement. Ils n’avaient faim ni l’un ni l’autre.

Bientôt la fille apparut. Ils la regardaient venir comme ils faisaient tous les dimanches. Quand elle fut tout près, Luc se leva et fit deux pas. Elle posa son seau par terre, et l’embrassa. Elle l’embrassa fougueusement, en lui jetant ses bras au cou, sans s’occuper de Jean, sans songer qu’il était là, sans le voir.

Et il demeurait éperdu, lui, le pauvre Jean, si éperdu qu’il ne comprenait pas, l’âme bouleversée, le cœur crevé, sans se rendre compte encore.

Puis, la fille s’assit à côté de Luc, et ils se mirent à bavarder.

Jean ne les regardait pas, il devinait maintenant pourquoi son camarade était sorti deux fois pendant la semaine, et il sentait en lui un chagrin cuisant, une sorte de blessure, ce déchirement que font les trahisons.

Luc et la fille se levèrent pour aller ensemble remiser la vache.

Jean les suivit des yeux. Il les vit s’éloigner côte à côte. La culotte rouge de son camarade faisait une tache éclatante dans le chemin. Ce fut Luc qui ramassa le maillet et frappa sur le pieu qui retenait la bête.

La fille se baissa pour la traire, tandis qu’il caressait d’une main distraite l’échine coupante de l’animal. Puis ils laissèrent le seau dans l’herbe et ils s’enfoncèrent sous le bois.

Jean ne voyait plus rien que le mur de feuilles où ils étaient entrés ; et il se sentait si troublé que, s’il avait essayé de se lever, il serait tombé sur place assurément.

Il demeurait immobile, abruti d’étonnement et de souffrance, d’une souffrance naïve et profonde. Il avait envie de pleurer, de se sauver, de se cacher, de ne plus voir personne jamais.

Tout à coup, il les aperçut qui sortaient du taillis. Ils revinrent doucement en se tenant par la main, comme font les promis dans les villages. C’était Luc qui portait le seau.

Ils s’embrassèrent encore avant de se quitter, et la fille s’en alla après avoir jeté à Jean un bonsoir amical et un sourire d’intelligence. Elle ne pensa point à lui offrir du lait ce jour-là.

Les deux petits soldats demeurèrent côte à côte, immobiles comme toujours, silencieux et calmes, sans que la placidité de leur visage montrât rien de ce qui troublait leur cœur. Le soleil tombait sur eux. La vache, parfois, mugissait en les regardant de loin.

À l’heure ordinaire, ils se levèrent pour revenir.

Luc épluchait une baguette. Jean portait le litre vide. Il le déposa chez le marchand de vin de Bezons. Puis ils s’engagèrent sur le pont, et, comme chaque dimanche, ils s’arrêtèrent au milieu, afin de regarder couler l’eau quelques instants.

Jean se penchait, se penchait de plus en plus sur la balustrade de fer, comme s’il avait vu dans le courant quelque chose qui l’attirait. Luc lui dit : « C’est-il que tu veux y boire un coup ? » Comme il prononçait le dernier mot, la tête de Jean emporta le reste, les jambes enlevées décrivirent un cercle en l’air, et le petit soldat bleu et rouge tomba d’un bloc, entra et disparut dans l’eau.

Luc, la gorge paralysée d’angoisse, essayait en vain de crier. Il vit plus loin quelque chose remuer ; puis la tête de son camarade surgit à la surface du fleuve, pour y rentrer aussitôt.

Plus loin encore, il aperçut, de nouveau, une main, une seule main qui sortit de la rivière, et y replongea. Ce fut tout.

Les mariniers accourus ne retrouvèrent point le corps ce jour-là.

Luc revint seul à la caserne, en courant, la tête affolée, et il raconta l’accident, les yeux et la voix pleins de larmes, et se mouchant coup sur coup : « Il se pencha… il se… il se pencha… si bien… si bien que la tête fit culbute… et… et… le v’là qui tombe… qui tombe… »

Il ne put en dire plus long, tant l’émotion l’étranglait. — S’il avait su…

Source du texte:

https://fr.wikisource.org/wiki/Monsieur_Parent_(recueil)/Petit_Soldat

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  1. 3.0

    200 Meisterwerke der Literaturgeschichte : Die größten Klassiker der Weltliteratur

    Franz Kafka, Victor Hugo, Fjodor Michailowitsch Dostojewski, Lord Byron, Giacomo Leopardi, Marcel Proust, Henrik Ibsen, Percy Bysshe Shelley, Charles Dickens, Jane Austen, Mary Shelley, Emily Brontë, Charlotte Brontë, Anne Brontë, William Makepeace Thackeray, Bram Stoker, Henry Fielding, George Eliot, William Shakespeare, D. H. Lawrence, Walt Whitman, Herman Melville, Thomas Wolfe, Virginia Woolf, Joseph Conrad, Sinclair Lewis, Lewis Carrol, Edgar Allan Poe, Edward Bulwer-Lytton, Oscar Wilde, H.G. Wells, Daniel Defoe, James Fenimore Cooper, Lew Wallace, Jonathan Swift, Robert Louis Stevenson, Mark Twain, Walter Scott, Nathaniel Hawthorne, Harriet Beecher Stowe, Laurence Sterne, Frances Hodgson Burnett, Arthur Conan Doyle, Wilkie Collins, Edgar Wallace, Jack London, Henry David Thoreau, John Galsworthy, F. Scott Fitzgerald, Rudyard Kipling, G.K. Chesterton, Washington Irvin, O.Henry, Ambrose Bierce, Alexander Sergejewitsch Puschkin, Michail Lermontow, Iwan Sergejewitsch Turgenew, Leo Tolstoi, Nikolai Gogol, Iwan Gontscharow, Nikolai Leskow, Anton Pawlowitsch Tschechow, Maxim Gorki, François Rabelais, Jean de la Fontaine, Blaise Pascal, Pierre Corneille, Moliere, Jean Baptiste Racine, Charles Perrault, Voltaire, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau, Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, Antoine-François Prévost, Marquis De Sade, François René Chateaubriand, Stendhal, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, Alphonse de Lamartine, George Sand, Gustave Flaubert, Emile Zola, Guy De Maupassant, Alphonse Daudet, Jules Verne, Joris-Karl Huysmans, Prosper Mérimée, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud, André Gide, Arthur Schopenhauer, Heinrich Heine, Friedrich Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, Jacob Grimm, Gottfried von Straßburg, Wolfram von Eschenbach, E T A Hoffmann, Annette von Droste-Hülshoff, Heinrich von Kleist, Friedrich Hölderlin, Theodor Fontane, Gustav Freytag, Gottfried Keller, Theodor Storm, Stefan Zweig, Joseph von Eichendorff, Klaus Mann, Rainer Maria Rilke, Johanna Spyri, Joseph Roth, Karl May, Robert Musil, Heinrich Mann, Sigmund Freud, Friedrich Nietzsche, Dante Alighieri, Giovanni Boccaccio, Giacomo Casanova, Luigi Pirandello, Giosuè Carducci, Gabriele D’Annunzio, Niccolo Machiavelli, Miguel Cervantes de Saavedra, Pedro Calderón de la Barca, Vicente Blasco Ibañez, Knut Hamsun, Homer, Äsop, Herodot, Thukydides, Xenophon, Platon, - Aristoteles, - Sophokles, Euripides, - Aristophanes, Lao Tse, - Konfuzius, Siddhartha Gautama Buddha, Titus Livius, Tacitus, Marcus Tullius Cicero, Vergil, Ovid, Lukian, Petronius, Apuleius, Longos von Lesbos, Mark Aurel, Aurelius Augustinus

  2. 1.0

    100 Meisterwerke der Weltliteratur - Klassiker die man kennen muss : Bereicherte Ausgabe. Ein literarisches Panorama: Meisterwerke, Klassiker und Autoren der Weltliteratur

    Johann Wolfgang von Goethe, Jules Verne, Gustave Flaubert, Franz Kafka, Lewis Carroll, Selma Lagerlöf, Sigmund Freud, Johanna Spyri, Theodor Storm, Rainer Maria Rilke, Charles Dickens, Stefan Zweig, Heinrich Heine, Honoré de Balzac, Theodor Fontane, Karl May, Gottfried Keller, Mark Twain, Heinrich Mann, Else Lasker-Schüler, Robert Musil, Walt Whitman, Oscar Wilde, Annette von Droste-Hülshoff, Arthur Schopenhauer, Robert Louis Stevenson, Gustav Freytag, James Fenimore Cooper, Edgar Allan Poe, Heinrich von Kleist, William Shakespeare, Dante Alighieri, Charlotte Brontë, Emily Brontë, Jack London, Arthur Conan Doyle, Joseph Conrad, Jane Austen, Herman Melville, Guy De Maupassant, Walter Scott, Jonathan Swift, Jacob Grimm, Wilhelm Grimm, Alexandre Dumas, Rudyard Kipling, Nathaniel Hawthorne, Homer, O.Henry, Voltaire, Lew Wallace, John Galsworthy, E T A Hoffmann, Marcus Aurelius, Hans Christian Andersen, Anton Pawlowitsch Tschechow, Platon, Friedrich Nietzsche, Iwan Sergejewitsch Turgenew, Tacitus, Nikolai Gogol, Miguel de Cervantes, Mary Shelley, Thomas Wolfe, Emile Zola, Fjodor Michailowitsch Dostojewski, Leo Tolstoi, Joseph Roth, Joseph von Eichendorff, Kurt Tucholsky, Iwan Alexandrowitsch Gontscharow, Oswald Spengler, Moliere, Alfred Adler, Sophie von La Roche, Klaus Mann, Rumi

  3. Grusel, Horror und Schauer: Die große Hörbuch Box : Klassiker der Weltliteratur

    Robert Louis Stevenson, Nathaniel Hawthorne, E T A Hoffmann, Anton Tschechow, Georg Heym, W. Jacobs, Rudyard Kipling, Guy De Maupassant, H.P. Lovecraft, John Polidori, Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Theodor Storm, A. J. Mordtmann

  4. Gekürzt

    Kurzgeschichten: Zehn Meisterwerke der Weltliteratur : Grüne Edition

    Kurt Tucholsky, Franz Kafka, Arthur Conan Doyle, Giovanni Boccaccio, Edgar Allan Poe, Guy De Maupassant, Mark Twain, Jack London, Friedrich Glauser, Bret Harte

  5. Die Meisterwerke der Weltliterature : Bereicherte Ausgabe. 100 Klassiker die man kennen muss

    Johann Wolfgang von Goethe, Jules Verne, Gustave Flaubert, Franz Kafka, Lewis Carroll, Selma Lagerlöf, Sigmund Freud, Johanna Spyri, Theodor Storm, Rainer Maria Rilke, Charles Dickens, Stefan Zweig, Heinrich Heine, Honoré de Balzac, Theodor Fontane, Karl May, Gottfried Keller, Mark Twain, Heinrich Mann, Else Lasker-Schüler, Robert Musil, Walt Whitman, Oscar Wilde, Annette von Droste-Hülshoff, Arthur Schopenhauer, Robert Louis Stevenson, Gustav Freytag, James Fenimore Cooper, Edgar Allan Poe, Heinrich von Kleist, William Shakespeare, Dante Alighieri, Charlotte Brontë, Emily Brontë, Jack London, Arthur Conan Doyle, Joseph Conrad, Jane Austen, Herman Melville, Guy De Maupassant, Walter Scott, Jonathan Swift, Jacob Grimm, Wilhelm Grimm, Alexandre Dumas, Rudyard Kipling, Nathaniel Hawthorne, Homer, O.Henry, Voltaire, Lew Wallace, John Galsworthy, E T A Hoffmann, Marcus Aurelius, Hans Christian Andersen, Anton Pawlowitsch Tschechow, Platon, Friedrich Nietzsche, Iwan Sergejewitsch Turgenew, Tacitus, Nikolai Gogol, Miguel de Cervantes, Mary Shelley, Thomas Wolfe, Emile Zola, Fjodor Michailowitsch Dostojewski, Leo Tolstoi, Joseph Roth, Joseph von Eichendorff, Kurt Tucholsky, Iwan Alexandrowitsch Gontscharow, Oswald Spengler, Moliere, Alfred Adler, Sophie von La Roche, Klaus Mann, Rumi

  6. Die Meistererzählungen der Weltliteratur : Weiße Nächte; Der Mantel; Bartleby, der Schreiber; Vater Goriot; Der Horla; Die Kreutzersonate; Der Doppelgänger; Die Dame mit dem Hündchen

    Fjodor M Dostojewski, Franz Kafka, Nikolai Gogol, Guy De Maupassant, Rainer Maria Rilke, Stefan Zweig, Alexander Sergejewitsch Puschkin, Robert Louis Stevenson, Edgar Allan Poe, O.Henry, E T A Hoffmann, Oscar Wilde, Anton Tschechow, Mark Twain, Heinrich von Kleist, Jean Paul, Iwan Sergejewitsch Turgenew, Johann Wolfgang von Goethe, Friedrich Schiller, Eduard Mörike, Joseph Roth, Lew Tolstoi, Gustave Flaubert, Arthur Schnitzler, George Sand, Honoré de Balzac, Achim von Arnim, Joseph Conrad, Jakob Wassermann, Alexei Konstantinowitsch Tolstoi, Charles Baudelaire, Prosper Mérimée, Washington Irving, Theodor Storm, Rudyard Kipling, Stendhal, Ambrose Bierce, Jack London, André Gide

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    Die größten Meister der Lust: Klassiker der Erotik : Die 120 Tage von Sodom, Traumnovelle, Venus im Pelz, Gefährliche Liebschaften, Das Tagebuch der Mademoiselle S.

    Giacomo Casanova, Marquis De Sade, Leopold von Sacher-Masoch, Wilhelmine Schröder-Devrient, Charles Baudelaire, John Cleland, Guy De Maupassant, E T A Hoffmann, Restif (de) la Bretonne, Alfred de Musset, Klabund, Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, Arthur Schnitzler

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    Erotik in der Literatur: Unvergängliche Meisterwerke : Das Tagebuch der Mademoiselle S., Josefine Mutzenbacher, Die 120 Tage von Sodom, Mademoiselle Sappho

    Marquis De Sade, Leopold von Sacher-Masoch, Giacomo Casanova, Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, Arthur Schnitzler, Wilhelmine Schröder-Devrient, Anne Charlotte Leffler, Charles Baudelaire, John Cleland, Guy De Maupassant, E T A Hoffmann, Restif (de) la Bretonne, Alfred de Musset, Klabund, Felix Salten, Honoré de Balzac

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    Die größten Klassiker der Erotik : Die 120 Tage von Sodom, Das Tagebuch der Mademoiselle S., Josefine Mutzenbacher, Mademoiselle Sappho

    Giacomo Casanova, Marquis De Sade, Leopold von Sacher-Masoch, Arthur Schnitzler, Wilhelmine Schröder-Devrient, Anne Charlotte Leffler, Charles Baudelaire, John Cleland, Guy De Maupassant, E T A Hoffmann, Restif (de) la Bretonne, Alfred de Musset, Klabund, Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos, Felix Salten, Honoré de Balzac

  10. Novellen: Zehn Meisterwerke der Weltliteratur : Orange Edition

    E. T. A. A Hoffmann, Giovanni Boccaccio, Selma Lagerlöf, Stefan Zweig, A. J. Mordtmann, Honoré de Balzac, Anton Tschechow, Joseph Roth, Guy De Maupassant, Franz Kafka

  11. 3.0

    Frankreich erzählt : Die große Hörbuch Box der französischen Literatur

    Alexandre Dumas, Guy De Maupassant, Honoré de Balzac, Molière

  12. 50 Meisterwerke Musst Du Lesen, Bevor Du Stirbst: Vol. 1

    Voltaire, Johann Wolfgang von Goethe, Joseph von Eichendorff, Mary Shelley, Sir Walter Scott, Honoré de Balzac, Jonathan Swift, Stendhal, Franz Kafka, James Fenimore Cooper, Edgar Allan Poe, Nikolai Gogol, Charles Dickens, Charlotte Brontë, Alexandre Dumas, Arthur Schopenhauer, Nathaniel Hawthorne, Christian Johann Heinrich Heine, Herman Melville, Gustave Flaubert, Iwan Alexandrowitsch Gontscharow, Fyodor Dostoyevsky, Lewis Carroll, Jules Verne, Emile Zola, Friedrich Nietzsche, Guy De Maupassant, Mark Twain, Molière, Robert Louis Stevenson, Karl May, Rudyard Kipling, Theodore Fontane, Joseph Conrad, Dietrich Theden, Arthur Schnitzler, August Strindberg, Oscar Wilde, Robert Musil, Stefan Zweig, Joseph Roth, Kurt Tucholsk, BookTime