Publié en 1895, Psychologie des foules examine la transformation de l'individu lorsqu'il entre dans une collectivité nombreuse. Gustave Le Bon soutient que la foule, dominée par la contagion émotionnelle, la suggestion et l'affaiblissement du raisonnement critique, produit une mentalité spécifique, prompte à l'enthousiasme, à la crédulité comme à la violence. L'ouvrage analyse le rôle des images, des formules, des mythes, des meneurs et des croyances collectives dans les révolutions, les mouvements religieux et la vie politique. Sa prose, claire, aphoristique et volontiers généralisante, relève de l'essai scientifique de vulgarisation; elle s'inscrit dans le contexte fin-de-siècle des inquiétudes suscitées par la démocratie de masse, l'urbanisation et les mobilisations populaires, tout en révélant des présupposés hiérarchiques aujourd'hui discutables. Médecin, anthropologue amateur et penseur social français, Le Bon s'intéressa aux civilisations, aux comportements collectifs et à la psychologie historique. Ses voyages, ses travaux sur les peuples et les races, ainsi que son observation des bouleversements politiques de la Troisième République nourrirent une réflexion méfiante envers les foules et les doctrines égalitaires. Son ambition était de fournir aux dirigeants une grille d'interprétation des forces irrationnelles qui façonnent l'histoire. Ce livre demeure recommandé à quiconque souhaite comprendre la naissance de la psychologie sociale et la rhétorique politique moderne. Il faut toutefois le lire avec distance critique : ses intuitions sur la contagion, le leadership et la persuasion restent fécondes, tandis que ses généralisations et ses biais idéologiques exigent une contextualisation historique rigoureuse.

Psychologie des foules : Croyances de masse, contagion émotionnelle et pouvoir des meneurs dans la démocratie moderne
Écrit par Gustave Le Bon





















