Dans Psychologie des temps nouveaux, Gustave Le Bon examine la métamorphose morale, politique et mentale des sociétés modernes à l'âge des foules, des techniques et des croyances vacillantes. L'ouvrage propose moins une narration qu'un diagnostic: l'effacement des certitudes anciennes, la montée des impulsions collectives, l'instabilité des opinions et le rôle décisif des forces irrationnelles dans la vie publique. Son style, net, assertif, volontiers aphoristique, relève de l'essai de psychologie sociale tel qu'il s'épanouit à la charnière des XIXe et XXe siècles, dans un contexte européen marqué par les crises de la démocratie libérale et la fascination pour la science des masses. Médecin, voyageur, anthropologue autodidacte et théoricien de la foule, Le Bon fut hanté par la fragilité des civilisations et par le pouvoir des représentations collectives. Ses expériences de voyage, son observation des bouleversements politiques français et son pessimisme aristocratique devant l'égalisation démocratique nourrissent ici une méditation sur les « temps nouveaux ». Ce livre prolonge directement ses réflexions antérieures sur les foules, les races, les croyances et la contagion psychique. Je recommande ce livre à quiconque souhaite comprendre une généalogie intellectuelle de la modernité inquiète. On y trouvera des intuitions pénétrantes sur la suggestion, le prestige et l'opinion, malgré des thèses parfois datées ou contestables. Lu avec esprit critique, il demeure un témoignage capital sur la naissance d'une pensée moderne des masses.











